Agriculteur à Mespuits (Essonne), Stéphane Besnard est président de la commission agriculture biologique de la FDSEA Île-de-France.

« On entend que l’agriculture française n’a pas de cap, pourtant ce cap nous est imposé depuis trente ans : c’est la fin de la ferme familiale avec en contrepartie l’application de normes environnementales contraignantes. C’est ainsi que nos gouvernants nous auront eus à l’usure.

Dans cette société où les valeurs sont inversées, être agriculteur est une vocation qui nous fait accepter tout, même de travailler à perte. Notre passion nous coûte cher, tant au niveau moral que financier. On rêverait de retrouver l’agriculture de 1985, mais c’est impossible.

Cependant, nous devons faire une sévère introspection. J’entends chez nous qu’il faut une agriculture de « production ». J’espère plutôt une agriculture fondée sur le mérite ou, mieux, sur des « valeurs » pour nous sécuriser face à l’Ukraine et autres grands producteurs. Nul besoin d’agriculteurs nombreux pour produire, et production ne veut pas dire rémunération. En volume, la récolte 2025 a permis une production correcte et des exportations correctes. Pour quel bénéfice ? Perdre encore plus d’argent…

Deux raisons à cela : nos coûts qui ne nous permettent pas de jouer dans la même cour que les autres, l’erreur étant de penser pouvoir y arriver ; et un marché mondial dit de « commodités » qui est intrinsèquement un marché du moins-disant où nous sommes peu influents (voir récolte de 2016).

Valoriser le mérite en agriculture serait justifié, vu la peine que l’on se donne pour une activité aussi noble que celle de nourrir. Au-delà de cette notion trop subjective, notre survie passera par une agriculture de « valeurs », c’est-à-dire qui crée de la valeur, dont les produits, ainsi que les pratiques et les services apportés ont une valeur non seulement économique, mais aussi plus globale pour la société.

En France, la situation économique très favorable des œufs ou de la viande bovine nous démontre que c’est souvent une offre contenue qui crée la valeur, comme nous avions pu connaître avec les quotas betteraviers. D’autre part, les productions « annexes », services environnementaux ou production d’énergie, doivent nous apporter du revenu.

En Italie, la production agricole est assez faible en volume. Néanmoins, la qualité des produits et la proximité avec la demande des consommateurs et des citoyens permettent non seulement une bonne rémunération mais aussi le renforcement du lien entre la société et ses agriculteurs. Grâce à une fiscalité agricole favorable et à des normes environnementales cohérentes, ce pays nous dépasse désormais en tant que puissance agricole.

En ces temps difficiles où notre dépendance aux intrants étrangers s’ajoute à une mauvaise valorisation de nos productions, il nous faut regarder ce qui réussit en France comme chez nos proches voisins pour en tirer les leçons. »