Agriculteur à Perdreauville (Yvelines), Arnaud Lepoil est président du syndicat du Mantois et administrateur de la FDSEA Île-de-France

« Encore une fois, les événements géopolitiques ont des conséquences pour nos exploitations. D’abord la Covid, ensuite l’Ukraine, maintenant l’Iran. On se demande quel événement dans le monde pourrait nous être favorable. Avec la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël de ces dernières semaines, le gazole non routier (GNR) a augmenté de façon considérable. C’est d’ores et déjà un sujet préoccupant puisqu’il a pris plus de trente centimes le litre. Pour une exploitation comme la mienne, une telle hausse pourrait engendrer un coût supplémentaire d’environ 6 000 euros sur l’année. Nous allons donc devoir observer l’évolution du GNR dans les mois à venir pour connaître les conséquences précises.

Concernant les intrants, c’est un flou artistique. Entre les effets géopolitiques et les incertitudes liées au Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), les prix des engrais sont très hauts actuellement et risquent d’atteindre des niveaux délirants. Pour cette année, nous avons déjà le stock suffisant, mais dans deux mois, nous allons devoir nous positionner pour la campagne suivante.

Malheureusement, les cours des céréales ne vont pas suivre ceux du GNR et des engrais. Lors de la crise Covid et du conflit en Ukraine, nous avons connu une période où tout augmentait. Les céréales ont fini par baisser très vite, mais pas nos coûts de production. Cette fois, il n’y a que les charges qui augmentent. Quid de notre avenir en ces temps déjà difficiles ?

Des problèmes avec l’OFB

L’État français ne défend pas suffisamment son agriculture. La très grande majorité des agriculteurs font leur travail consciencieusement et nous ne défendons pas l’indéfendable, mais une simple dénonciation d’une association environnementale peut pénaliser un agriculteur qui ne fait que son travail. Au niveau de l’Union de Mantes, nous avons eu récemment deux problèmes avec l’Office français de la biodiversité (OFB). Une association, qui devait intervenir chez un exploitant pour la protection d’un busard, ne s’est jamais déplacée et a fini par porter plainte après la mort de l’oiseau. Un second agriculteur est poursuivi pour un traitement qui a débordé de quelques centimètres sur un chemin.

C’est difficile de voir un agriculteur systématiquement poursuivi quand, dans le même temps, il y a des dépôts sauvages sur des aires de captage qui restent impunis. L’agriculteur est solvable, facile à attraper et respecte la justice, tandis que certaines personnes concernées par des dépôts sauvages sont plus difficiles à punir en raison de leur mobilité et de leur hostilité.

Nous souhaitons juste une bonne coordination, avoir davantage de concertation et d’explications avant la répression immédiate. Ça serait bien d’avoir un peu plus d’intelligence, surtout dans une période compliquée pour les agriculteurs. »