Agriculteur à Houdan (Yvelines) en grandes cultures avec une diversification en maraîchage, Damien VANHALTS est Président du syndicat local de Houdan.

«L’agriculture française traverse une crise sans précédent qui s’accentue à chaque événement géopolitique. Les récentes mesures annoncées par le gouvernement ne servent qu’à repousser le moment fatidique pour mieux sauter dans le trou.

L’étalement des paiements des échéances fiscales ou le report de cotisations sociales ne nous aide pas, il faudra bien payer les charges à un moment. Il nous propose également de faciliter les prêts de trésorerie, mais cela signifie également un remboursement plus tard, et rien ne dit que ça ira mieux à ce moment-là. Ce ne sont que des mesures qui ne coûtent rien à l’État et qui ne changeront rien à notre situation si ce n’est nous enterrer davantage.

Le prix du carburant a augmenté, et la seule mesure annoncée concernant cette hausse est un renoncement au droit d’accise sur le gazole non routier agricole pour le mois d’avril. Ce n’est pas suffisant puisque les travaux de printemps vont être terminés, il ne reste plus que des traitements donc ça devrait tenir pour l’instant. En revanche, il faut espérer une réelle baisse du prix des carburants d’ici le mois de juin parce que le plein de carburant pour la moisson risque d’être très compliqué à faire. Nos marges sont déjà très faibles, voire négatives. Contrairement au début de la guerre en Ukraine où les cours liés aux produits agricoles avaient augmenté, ce n’est pas le cas cette fois-ci.

Nous avons intérêt à faire une bonne récolte 2026 avec de bonnes qualités parce que sinon les trésoreries vont devenir insoutenables. L’autre solution serait qu’il y ait de mauvaises récoltes partout dans le monde et que les prix explosent. C’est une année charnière pour l’agriculture française parce que nous avons déjà peur pour l’an prochain avec le sujet engrais. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) n’a finalement pas été annulé, et, depuis la guerre en Iran, le prix des intrants explose. Nous ne savons pas comment va se passer la prochaine campagne.

Au regard de la situation et de l’absence de politiques européennes pour l’agriculture, nous pourrions presque être provocateurs et demander si nous devons continuer de cultiver nos parcelles. Nous risquons de voir nos charges augmenter de 200 à 250 euros par hectare. Impossible d’avoir une vision ne serait-ce qu’à moyen terme pour nos exploitations. En janvier, nous croyions que le gouvernement était à notre écoute, prêt à nous faciliter la tâche dans la mesure de son possible. Pour l’instant, nous avons l’impression d’avoir manifesté tout l’hiver dernier pour rien. C’est démoralisant pour les agriculteurs. Certes, l’agriculture a été déclarée d’intérêt majeur l’an dernier, mais j’espère que cela sera pris en compte dans les différents projets, notamment dans les zones concernées par des aires d’alimentation de captage.»