Agriculteur à Itteville (Essonne), Thierry Desforges est vice-président de l’Essonne et administrateur de la FDSEA Île-de-France.

« À moins de deux mois des moissons, les exploitations agricoles franciliennes abordent cette échéance dans un contexte économique d’une intensité rarement atteinte. Majoritairement céréalières et peu diversifiées, elles subissent de plein fouet les répercussions des crises géopolitiques, tandis que les signaux publics oscillent entre annonces encourageantes et décisions fragilisantes.

En trois ans, les charges de production ont atteint des niveaux inédits. Les engrais en sont l’illustration : plus de 2 euros l’unité d’azote, 1,75 euros pour le phosphore et 0,7 euros pour la potasse. Face à cette inflation, chacun cherche des marges de manœuvre : entretien du matériel, investissements différés, organisation du travail adaptée. Mais au-delà, c’est la pérennité même des exploitations à court terme qui est en jeu.

Une question reste pourtant largement éludée : celle du coût des moyens de production retirés. L’exemple des néonicotinoïdes sur betteraves est révélateur, avec un surcoût supérieur à 150 euros/ha, auquel s’ajoutent des pertes de rendement liées à l’efficacité limitée des alternatives.

Le colza illustre également ces distorsions. Cette culture, parmi les rares encore rentables, est confrontée à une concurrence internationale accrue. Au Canada, les semences peuvent être protégées efficacement en un seul passage. En France, les producteurs doivent multiplier les interventions, pour un résultat souvent insuffisant.

Dès lors, la question du rôle de l’État est posée : comment préserver la compétitivité des céréaliers face à des importations issues de systèmes moins contraints ? Produits transformés à base de canola, volailles ou sucre importé continuent d’entrer sans réelle prise en compte des écarts de normes.

Des pistes de réflexion existent. Le marché alimentaire français représente près de 300 milliards d’euros, dont une part significative issue d’importations ne respectant pas nos standards. La question d’une contribution sur ces produits mérite d’être posée. Elle pourrait participer au financement de la transition écologique tout en compensant les pertes de compétitivité liées aux normes.

À l’approche des moissons, au-delà des enjeux techniques, c’est une cohérence politique qui est attendue pour garantir l’avenir de nos exploitations. Côté syndical, les mots d’ordre sont évidemment la solidarité, l’unité et la fermeté ! »