
Agriculteur à Théméricourt (Val-d’Oise), Aurélien Sargeret est président du syndicat local du Vexin.
Horizons : L’application provisoire du Mercosur est effective depuis le 1er mai. Comment réagissez-vous ?
Aurélien Sargeret : C’est un sentiment d’injustice profond. Après nos mobilisations à Bruxelles et à Strasbourg où nous avions obtenu une suspension provisoire et la saisine de la Cour européenne de justice, aujourd’hui tout s’écroule. Selon les filières, on ne mesurera pas de suite les conséquences du Mercosur mais il va impacter de plein fouet l’agriculture française. Comment peut-on espérer s’en sortir avec des boulets aux pieds et des coûts de production exponentiels… On va tuer la filière sucrière, ainsi que l’élevage.
Dans ce contexte, quel sens a votre engagement syndical ?
Je reste engagé avec conviction. Je continue de défendre une agriculture familiale telle qu’elle a toujours existé en France. Nous avons plus que jamais besoin d’une prise de conscience politique — et d’un paysage politique stable. C’est à nous, syndicat, de marteler les messages auprès des politiques pour obtenir enfin une vraie vision d’avenir, avec en ligne de mire évidemment l’élection présidentielle de 2027.
Avant cela, il y aura la loi d’urgence agricole qui va entrer en examen au Parlement dans les prochains jours. Fondez-vous un quelconque espoir dans ce texte ?
Cette loi d’urgence, toute la profession agricole l’attend. Je vais être radical : si on n’obtient rien avec ce texte, alors on n’obtiendra plus jamais rien. Il faut que ce texte de loi permette de déverrouiller les entraves auxquelles nous faisons face et nous libère des normes ahurissantes.
Comment abordez-vous les prochains mois ?
Avec beaucoup d’appréhension car le contexte est extrêmement difficile. On ne supportera pas plusieurs années négatives. Personne ne travaille pour la gloire. Est-ce que quelqu’un accepterait de travailler pour rien ou d’être obligé d’avoir un deuxième métier parce que le premier ne rapporte rien ? C’est exactement ce que vivent les agriculteurs lorsqu’ils se diversifient. Nous ne devrions pas être obligés de le faire pour des raisons économiques.
Avec la ferme et la brasserie, ma famille s’est diversifiée depuis de nombreuses années. Sans mes parents ni la brasserie, je n’aurais jamais pu m’installer et, encore pire, je ne serais déjà plus agriculteur aujourd’hui et ce n’est absolument pas normal ! La ferme devrait s’autosuffire et c’est loin d’être le cas. Mon rêve, c’est d’être uniquement agriculteur et que mon métier soit vivable et durable.
